Sophie de Menthon

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Compte-rendu du débat autour de Valéry Giscard d'Estaing

Les déjeuners débats

 

4 février 2015, Cercle de l’Union Interalliée

 

Compte-rendu

 

Comprendre la vision éclairée d’un ancien Président de la République sur l’Europe d’aujourd’hui et de demain est un enjeu essentiel pour les entreprises et les citoyens français et européens. Les 200 chefs d’entreprises présents à cet évènement ont réservé un accueil particulièrement solennel au Président.

Valéry Giscard d’Estaing nous présente sa vision, conforme aux rêves des pères de l’Europe lors de la création des lois fondamentales. Son projet réalisable selon lui à l’horizon 2030 préconise un rapprochement au sein de l’Union Européenne de pays volontaires pour former un noyau dur acceptant d’aller plus loin dans l’intégration européenne.

 

1955-1990: l’Europe brillante grâce à une réconciliation surprenante

Le Président nous rappelle que l’histoire de l’Europe a été construite après la seconde guerre mondiale afin d’instaurer la paix entre les différents pays frontaliers et notamment entre la France et l’Allemagne. Ce fut les débuts « d’une Europe brillante grâce à une réconciliation surprenante ».

 

Une complication de trajectoire

Deux évènements sont venus bouleverser le cheminement vers l’Europe des nations.

1 : la réunification de l’Allemagne a rompu l’équilibre des puissances européennes en renforçant l’Allemagne au détriment de la puissance française.

2 : la dislocation de l’empire soviétique a libéré de nombreux jeunes états recherchant une nouvelle sécurité à travers leur adhésion à l’Union Européenne.

Ces deux évènements historiques ont conduit, selon Valéry Giscard d’Estaing, à notre système européen actuel : des institutions inadaptées à cette nouvelle Europe à 28 et à ce couple franco-allemand devenu bancal.

 

La situation aujourd’hui

C’est une question de vocabulaire, le projet européen est devenu incompréhensible car il est divisé en deux, entre la zone euro et l’Union Européenne : « lorsque l’on parle d’Europe aujourd’hui on ne sait plus de quoi on parle. L’Europe est également devenue malade d’élargissement, à 28 ce n’est pas gérable et les pays européens eux-mêmes ne souhaitent pas cette Europe là »

Dans un monde de plus en plus désorganisé, la force des états européens ne cesse de diminuer. L’Europe fragmenté ne peut constituer une zone de sécurité pour ses citoyens.

 

Les solutions de Valéry Giscard d’Estaing

Redéfinir la finalité de l’Europe et revenir à ses aspirations premières : « Aujourd’hui nous devons reprendre ce qui a été fait et le faire encore plus loin ». Pour cela, il faut tout d’abord réduire le nombre de pays membres de ce nouveau projet « Europa » et donc rassembler les pays qui veulent aller plus loin dans le projet européen. Malgré le fait que nous bénéficions d’une monnaie unique et d’une politique budgétaire commune, le futur serait une Europa avec une fiscalité sur les revenus, sur le patrimoine et sur l’activité économique identique pour tous les pays membres. La dette devra être commune avec une véritable solidarité entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres. « Le progrès se fait dans différentes phases, soit dans des phases révolutionnaires soit par une évolution constante qui atteste de la dynamique directionnelle du projet»

« Europa » aspire à être plus démocratique avec un véritable congrès des peuples d’Europe constitué d’un tiers de parlementaires européens et de deux tiers de parlementaires nationaux. Il existera également un directoire réunissant les différents Premiers ministres des états membres.

 

 

Débat avec la salle

 

La Grèce en Europe

La place de la Grèce dans l’Union Européenne a été fréquemment remise en question depuis la crise qu’a connue le pays dans les dernières années. Leonidas Kalogeropoulos, Vice-Président d’ETHIC interpelle le Président sur la Grèce et sur la volonté du nouveau parti Syriza de restructurer sa dette envers l’Europe.

Valéry Giscard d’Estaing estime que la responsabilité de chaque pays appartenant à l’Union Européenne est totale et souligne l’importance du remboursement de la dette grecque envers les différents pays européens. Il précise que « des années de démagogie extravagante ont plongé la Grèce dans sa situation actuelle ».

Il préconise une « mise en congé » de l’euro, le droit d’émettre une monnaie nationale et la possibilité d’un rendez-vous avec l’Europe lorsque la situation ce sera améliorée. Pour l’instant, le Président compte sur l’immobilisme européen face à la Grèce.

 

« Europa » ne va-t-elle pas accroitre la complexité de l’Europe ?

Pour le Général Jean-Gilles Sintes, Europa pourrait constituer une strate supplémentaire aux organes déjà existants (Union européenne, Zone euro), ce qui risquerait d’ajouter à la complexité de l’Europe.

« Non ! » répond le Président. « Actuellement le système européen comporte 28 commissaires qui légifèrent au-delà de ce que ferait un état fédéral. Dans Europa, il n’y aurait pas de structures intermédiaires. Le manque de croissance en Europe ne vient pas d’un manque d’argent ou de forts taux d’intérêts, mais d’un obstacle administratif. Europa ferait l’objet d’une grande simplification ».

 

Droit du travail harmonisé en Europe

Julien Boutiron, avocat et auteur du Droit du travail pour les nuls, se demande par quel moyen Europa va-t-elle harmoniser le droit du travail de ses pays membre. En effet, cette démarche semble complexe et très longue à mettre en place.

« Il y a encore de la réflexion à faire sur ce sujet ainsi que sur les charges de sécurité sociales payées par les entreprises. Le progrès se fait dans différentes phases, soit dans des phases révolutionnaires soit par une évolution constante qui atteste de la dynamique directionnelle du projet. Dans le sillage de cette évolution, d’autres sujets viendront s’ajouter».

 

Un président pour Europa ?

Sophie de Menthon s’interroge sur la présence d’un président à la tête du projet Europa.

« Il existera un président pour Europa. Il sera élu par le directoire de premiers ministres et approuvé ou non par le parlement européen. Je ne pense pas qu’il doive être élu par le peuple car il faut une véritable réflexion derrière le choix de celui qui représentera l’Europe. Ce président pourra être réélu une fois et son mandat durera huit ans.»